L'intelligence artificielle entre dans la gestion de patrimoine par la grande porte, mais la plupart des difficultés réelles demeurent dans le back-office de l'information. Le problème n'est pas une pénurie de modèles, d'interfaces ou de cas d'utilisation. Il réside dans le fait qu'une grande partie du patrimoine privé se trouve encore dans des rapports fragmentés, une documentation inégale et des structures parallèles qui n'ont jamais été conçues pour fonctionner comme une vue d'ensemble.
La question déterminante pour la gestion de fortune en Suisse n'est pas de savoir si l'intelligence artificielle remplacera le conseiller. Il s'agit plutôt de savoir si l'environnement informationnel est suffisamment cohérent pour que les gains de productivité se maintiennent dans la pratique. L'IA a attiré l'attention parce qu'elle promet rapidité, efficacité et automatisation. Le véritable test est de savoir si les informations concernant les banques, les entités, les classes d'actifs et les documents peuvent être rassemblées sous une forme visible, actuelle et utilisable dans le travail quotidien.
Les family offices ont été conçus pour durer, et non pour se développer sans limite. Leur force a toujours résulté de la clarté : savoir comment le capital est structuré, pourquoi les décisions ont été prises et qui en assume la responsabilité. Pendant des décennies, cette clarté s'est imposée naturellement. Les équipes sont restées petites. Les structures sont restées compréhensibles. Les décisions sont restées dans les mémoires. Aujourd'hui, la richesse augmente plus rapidement que ce modèle hérité ne peut l'absorber, et la complexité s'accélère au-delà de la compréhension informelle. Le véritable risque n'est pas la volatilité. C'est de perdre de vue la structure qui tient tout ensemble.
La plupart des family offices pensent qu'ils préparent la prochaine génération. Les faits montrent qu'ils font quelque chose de beaucoup plus modeste : ils incluent les héritiers dans la gouvernance sans leur donner les moyens d'y participer. La distinction est importante car la présence et la préparation ne sont pas la même chose, et c'est dans l'écart entre les deux que s'accumule le risque de succession.
Les family offices prennent au sérieux l'évaluation de la performance des investissements. Des indices de référence au suivi des frais, l'infrastructure de mesure des investissements est continue, détaillée et de plus en plus automatisée. Si l'on applique la même question à la gouvernance - quelle est l'efficacité de votre conseil d'administration, de votre conseil de famille, de votre fonction de surveillance ? - et la réponse est différente. Les structures existent, mais la mesure, elle, n'existe souvent pas.
La Suisse reste l'un des principaux centres mondiaux de la richesse privée. À la fin de l'année 2024, les banques en Suisse géraient 9,3 billions de francs suisses d'actifs, selon l'Association suisse des banquiers. Parallèlement, l'industrie suisse de la gestion d'actifs a supervisé 3,45 trillions de francs suisses d'actifs de fonds au cours de la même période, comme l'indique l'Asset Management Association Switzerland. Bien qu'elles soient axées sur les institutions, ces structures de fonds alimentent en fin de compte les portefeuilles de la fortune privée et illustrent l'ampleur des capitaux qui circulent dans le système financier suisse.

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